Une fois n’est pas coutume la résidence de Lindre-Basse accueille un collectif de graphistes qui se définit lui-même comme « atelier de communication politique, utopique et exigeant ». Le ton est donné d’une pratique qui affirme une éthique de travail fortement engagée.
S’ils se plaisent au jeu de la commande, travaillant pour des collectivités publiques, des associations, des collectifs militants, ils utilisent le cadre imposé pour donner libre cours à un graphisme à la fois lyrique et expressif, au style joyeusement débridé et subjectif en diable.
Mêlant cultures savantes et populaires, maîtrise technique et effets d’improvisation, travail à main levée ou assisté par ordinateur, collages et superpositions, Formes Vives entretient également un rapport très fort à l’écriture. Composant eux-mêmes des textes, ceux-ci permettent de faire entendre des voix, comme autant de manifestes et de slogans, qui échappent résolument à la logique du marketing politique ou publicitaire.
Ainsi pourrait-on voir Formes Vives comme les héritiers lointains des mouvements Dada ou Situationniste, quand leur méthode de travail collective rappelle le cadavre exquis surréaliste : l’un commence, l’autre finit quand un autre intervient après coup, sans qu’aucun jeu d’ego ne prenne le pas sur la dynamique collective.
Qu’ils réalisent des affiches, des livres, des journaux ou des enseignes, chaque support permet de réinvestir un espace public dans ce qu’il a de plus essentiel, c’est-à-dire l’espace du commun, du débat ouvert et de la parole libre, où il serait encore possible de faire société. En parallèle à leur résidence à Lindre-basse, ils ont conçu une signalétique pour Bataville, ou encore des chars et des costumes pour le carnaval de Saint Claude dans le Jura, deux exemples significatifs des territoires élargis qu’ils sont susceptibles d’explorer, utilisant les outils de l’art et du graphisme pour créer des situations poétiques et mettre les individus en capacité de se réapproprier l’espace public.

Pour l’ouverture d’atelier, Formes Vives présente une installation chorale en forme de campement de fortune, mêlant impressions numériques, peintures, tentures sérigraphiées, compositions sonores et travail d’écriture. L’atelier se transforme momentanément en œuvre d’art totale, traversée par les survivances contemporaines de mythes ancestraux, comme les Bacchanales antiques, célébrées en secret par des communautés de femmes, moments de fête, d’ivresse et de licence absolue permettant à des forces souterraines, nocturnes et magiques de renverser un temps l’ordre politique et social établi.


Marie Cozette