Novembre 2016
Le premier temps de Feu Foin se déroule à l’école d’art de Limoges. Après avoir préparé avec Marion Pinaffo une série d’envies communes, cette semaine à l’Ensa doit nous permettre d’affiner les contours de l’expérience à venir et de constituer un groupe de travail avec les étudiant-e-s que ça chauffe. Feu Foin n’est pas un workshop, les étudiant-e-s viennent de leur plein gré, quitte à sécher des cours. Une semaine pas simple, avec des temps de flottements perturbants (comme pour trouver ensemble ce nom bizarre, « Feu Foin »), la difficulté pour chacun-e de « créer » sa place à l’intérieur, mais aussi, notamment, un très beau moment : par un exercice d’écriture, nous avons rédigé un récit collectif d’anticipation narrant un voyage entre le plateau de Millevaches et l’école d’art, à pied, avec un char… un récit que l’on s’est lu, petit bout par petit bout, à tour de rôle, puis que l’on a édité sous la forme d’un fanzine.

Février-mars 2017
La seconde semaine de Feu Foin est la première sur le plateau de Millevaches. Après avoir cherché à distance, via nos réseaux d’amitiés, des lieux et des personnes pouvant nous accueillir (nous sommes une dizaine environ), nous atterrissons au final à la ferme du Goutailloux, à Tarnac. Avec un dortoir, une pièce de vie avec cheminée, une cuisine toute équipée pour les repas de groupe et un grand atelier hors d’eau, nous avons trouvé là un cadre idéal pour Feu Foin. Bien sûr, être au Goutailloux c’était aussi pouvoir côtoyer un des collectifs les plus excitants de notre génération, mû par une recherche politique qui se construit à travers de multiples pratiques : le travail du bois, de l'élevage, de la cantine-café du village, de l’épicerie (et du camion-épicerie), mais aussi des implications dans des luttes et des événements plus ou moins proches. En parallèle de notre école buissonière, eux sont en train de participer à la création d’une « École de la Terre ».
Nous avons construit deux chars (un pour partir sur la route en septembre, un second comme cadeau au Goutailloux pour son accueil), le tout avec une météo de février particulièrement rude.



Mai 2017
Au printemps cette fois, nouvelle semaine à Tarnac. Les chars sont débâchés pour être décorés, l’un est monté sur des roues et nous procédons à un premier essai de déplacement — c’est lourd! Nous n'avons par le budget pour équiper de roues le deuxième char. On fabrique une série de costumes à partir de toile de spi (clin d’œil à Banquise). Et prolongeons les échanges avec le groupe de Tarnac. Parmi nous, il y a Mano et Pia qui depuis notre premier passage sur la plateau ont été déscolarisés, ce qui est une aventure pour Nicolas et Florence, mais aussi pour Formes Vives. Puis les chars sont rebâchés.

À nos yeux Feu Foin avance bien, l’expérience est riche, les deux semaines à Tarnac chamboulantes et agréables, et ça promet un temps final joyeux. Est-ce que l’on peut parler d’expérience pédagogique? À quel endroit l’institution (qui produit ce travail) peut y trouver son intérêt? Ce sont peut-être des questions que nous aurions dû garder plus à l’esprit, toujours est-il qu’à un moment la relation avec l’institution s’est abîmée et Feu Foin se terminera sans son soutien.


Septembre 2017
Arrive le temps final de Feu Foin. C’est les retrouvailles à Tarnac avec les arrivées de chacun au compte-goutte, du lundi soir au jeudi soir, jusqu'à composer le groupe de motivé-e-s qui poussera notre char, avec les étranges costumes et la grande banderole de procession peinte mercredi. Sur trois jours, en revenant dormir à la ferme chaque soir, nous parcourons les 17km de petites routes vallonnées qui relient le Goutailloux à Nedde, village où se déroule cette année la Fête de la Montagne limousine, troisième édition. Le vendredi soir, après une seconde crevaison, nous arrivons à l’heure où la fête débute et garons notre char au milieu des moults stands. Nous profitons pleinement de la fête (films, discussions, repas délicieux, concerts…), on y retrouve des copains, avant de reprendre la route le dimanche, retour à la ville.