Cap'com, son forum, son discours

Le forum de Cap'Com s'est tenu à Saint-Étienne les 1, 2 et 3 décembre. L'occasion d'admirer les lauréats du «21e Grand prix Cap'Com» et du «11e Prix de la presse territoriale».



Mais attardons nous tout d'abord sur ce qu'est Cap'Com… car je doute que les lecteurs de ce présent blog, pourtant sensibles aux problématiques politiques et graphiques (entre autres), aient connaissance de cet «organisme de formation».

Créé en 1988, alors que l'outil «communication» au service des collectivités territoriales est encore en pleine croissance (cf. Citoyen-graphiste), Cap'Com propose notamment un forum annuel, «rendez-vous annuel des communicants publics, réunissant plus de 900 professionnels pour 3 jours de formation et de rencontre réseau». L'occasion parfaite pour que s'entretiennent agences de communication (prestataires) et chargés de communication (commanditaires).



Pour le dire clairement, Cap'Com est aujourd'hui le principal think tank français concernant la communication des collectivités territoriales (celles-ci représentant depuis la décentralisation de 1982 une manne financière colossale). À travers son forum, ses formations ou sa médiathèque, Cap'Com détermine ce qu'est une bonne campagne de sensibilisation, une bonne identité visuelle, un bon journal de ville… le tout dans le plus grand respect des intérêts des intéressés.

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«Graphisme et pouvoir», livre

J'ai déjà évoqué dans cette rubrique la retranscription de la table ronde «Graphisme et pouvoir», à Échirolles en 2004. Elle s'était tenue dans le cadre de l'exposition concernant les commandes graphiques de la mairie de Montluçon de 1985 à 1998. Thierry Sarfis, commissaire de l'exposition, s'est aussi chargé du petit catalogue dans lequel se trouve des petites reproductions de travaux (des affiches notamment) mais — et c'est là une qualité trop rare pour ne pas être soulignée — une place très importante est donnée à la parole : les commanditaires expriment leurs positions, des usagers leurs opinions, et Jean-Louis Sagot-Duvauroux, philosophe et écrivain, dépeint avec lucidité les crises et les enjeux de la communication publique.

À défaut de vous proposer ce texte dans son intégralité (sachez que ce livre est, sauf erreur, encore disponible pour la modique somme de 10€), je vous fais partager sa conclusion.

«[…] Une chose est sûre : le pouvoir économique n'a aucune espèce de doute sur l'importance politique majeure du langage, des signes et des images, sur l'intérêt d'en faire des biens privés étroitement placés au service de la valorisation du capital.
En face, quoi? La politique? Les institutions? Les collectivités publiques? La démocratie? Est-ce qu'elles existent encore, en face? Est-ce qu'elles ont même le sentiment de leur responsabilité, de leur puissance potentielle dans les domaines du langage et des signes? Est-ce qu'il existe encore, en face, une expression de l'intérêt public capable d'affirmer de façon crédible : le langage et les signes sont un bien commun de l'humanité et nul ne peut s'approprier pour son intérêt privé leur usage et leur conduite?
En tout cas, si cette opinion à la Don Quichotte a encore quelque chance de survivre au raz-de-marée, elle ne pourra se faire entendre qu'à travers des mots, des signes et des images qui auront su rester libres.»

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«Graphisme et pouvoir», débat



Cet échange entre graphistes et commanditaires publics s’est déroulé en 2004 à Échirolles, dans le cadre du festival Le mois du graphisme. Parmi les exposition de cette édition, une rentre parfaitement dans notre rubrique «Intérêt public» en étant consacrée à la politique de communication de la ville de Montluçon (entre 1985 et 1998).
C’est en parallèle de celle-ci qu’ont été réunis Chantal Cornier (chargée de la culture à la mairie d’Échirolles), Bruno Cohen-Bacrie (directeur de communication à la ville d’Échirolles), Patrick Maurières (anciennement directeur de communication de la ville de Montluçon et actuellement du Conseil général de la Seine-Saint-Denis), Jean-Louis Sagot-Duvauroux (écrivain) et Arnaud Corbin (graphiste et ancien président du Syndicat national des graphistes) pour une table ronde et une discussion avec des graphistes et des étudiants.
Les problèmes auxquels se confrontent les collectivités territoriales dans leur communication graphique sont très bien posés par Philippe Quinton et les différents intervenants, avec cette évidence première que «chaque acteur agit selon ses enjeux, ses logiques, ses motivations, ses contraintes, ses ambitions, produit des discours et réserve son pré carré de compétences et de pouvoirs.»
Il ne manque peut-être qu’une once d’optimisme face à cet état des lieux! Enfin cela reste un document de référence pour poursuivre nos réflexions et nos tentatives graphiques et politiques.

La retranscription du débat : debat_graphisme_pouvoir.pdf.

Graphiste, n. masculin/féminin



Un petit document assez important. Une brève définition assortie d’une déclaration d’intentions pour un métier qui n’a pas fini de se débattre pour conserver, développer son envergure artistique et, disons, son éthique.
Nous sommes alors en 1987, et quelques graphistes concernés se réunissent et posent ensemble des mots forts dans la dynamique des États généraux de la culture.
«La création graphique en France, existe, pourvu qu’on la sauve.»

Plus de vingt ans après, pas un seul de ces mots n’a à être changer :
Définition-graphiste.pdf

Marsha Emanuel, à propos du graphisme d'utilité publique

Nous avons fait la place à de multiples contributions pour le livre que nous préparons actuellement et qui rend compte de notre année de Chantier. Parmi celles-ci, nous comptons un texte très éclairant de Marsha Emanuel sur le «graphisme d'utilité publique».
Après avoir beaucoup croisé cette appellation au moment de notre mémoire Citoyen-graphiste, nous voulions y revenir pour finir d'en comprendre la genèse, l'apogée et son état actuel. Pour nous informer, nous avons évidemment pensé à celle qui fût commissaire de l'exposition Images d'utilité publique et, durant plusieurs années, chargée de mission pour le graphisme à la Délégation aux Arts plastiques.



Graphisme d'utilité publique


D’où vient la notion de graphisme d’utilité publique?

Le «graphisme d’utilité publique» a existé bien avant de recevoir cette dénomination. Il suffit de citer des expériences aussi diverses que l’élaboration des pictogrammes de l’International System of Typographic Picture Education (Isotype) conçus par le sociologue Otto Neurath et mis en œuvre avec le designer Gerd Arntz en Autriche en 1930 dans le but de communiquer des informations statistiques sous une forme visuellement compréhensible y compris pour les personnes analphabètes ; la création du plan du métro de Londres brillamment schématisé par Harry Beck en 1933 et toujours en usage ; ou encore le Works Projects Administration (WPA) aux États-Unis qui, entre 1935 et 1943, s’adjoignit le concours de nombreux graphistes pour réaliser les affiches illustrant les programmes fédéraux développés pour lutter contre le chômage consécutif à la Grande Dépression de 1929.

Le bon traitement de l’information est un souci ancien. Les livres de Edward R. Tufte, The Visual Display of Quantitive Information (1983) et Envisioning Information (1990) offrent maints exemples historiques de mise en forme facilitant la compréhension d’un contenu par le regard. Mais il a fallu attendre une prise de conscience plus directe des liens entre le graphiste, le commanditaire et la société pour qu’une autre appréciation de cet espace de communication apparaisse. Sans doute, celui-ci répond-il aussi à un changement d’échelle du public et des moyens de le toucher. À une société de masse correspond une gestion de masse. Bientôt viendront les productions d’images du réalisme social soviétique et celle des mises en scène perfectionnées du national socialisme.

Deux expositions m’ont permis de procéder à une identification plus précise du «graphisme d’utilité publique» : La première, Le graphisme au service des collectivités, a été organisée pour l’International Congress of Graphic Designers (Icograda) à Zurich en 1977; la seconde, Design néerlandais pour le secteur public, était une exposition itinérante mise en forme par le studio Dumbar pour le Ministère de culture, bien-être et santé du Pays-Bas, en 1979. Dans les deux cas, le propos était d’attirer l’attention sur le rôle que peut jouer le graphisme pour améliorer la vie en société. Les deux expositions tentaient de démontrer que le design est une nécessité, non un luxe. Bien qu’il joue un rôle fonctionnel, il peut aussi contribuer à rendre notre vie commune un peu plus agréable.

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Un logo pour sa ville

www.logo-de-ville.fr


L'an passé, lors de notre travail sur la communication des institutions politiques, nous avions relevé la «marée» de logotypes arrivés dans les collectivités territoriales entre les années 80 et 90. Aujourd'hui il n'y a pas la plus petite commune qui ne possède pas son logo. Si on remonte un petit peu l'histoire on constate que les logos sont à l'origine un outil d'identité visuelle, de «branding», pour les entreprises industrielles. Ce n'est que tardivement que la culture du logo est devenue telle que son utilisation se répandit dans les institutions publiques, d'une manière souvent caricaturale.

Dans l'élaboration même du logo on n'échappe pas à la caricature du signifiant. L'usage immodéré de coups de pinceaux vectoriels pour évoquer le dynamisme, de ronds pour l'harmonie, de ligne pour la rivière et de vert pour la nature produit des logos brouillons et sans saveurs.

L'association Ne pas plier a collecté de nombreux logos de villes pour une étude dénommée «logotomie des villes». Jean-Pierre Grunfeld y affirme qu'«on n'est pas surpris de constater une tendance lourde à l'unification et à la pauvreté sémantique. Les villes ramenées à des objets, à des marchandises se trouvent mécaniquement traduites par des icônes simplistes».

Ces logos, bien souvent anecdotiques puisque communs, sont cependant argumentés avec force et conviction par les élus. La foi du politique dans les formes du commerce et dans leurs prétendues efficacités s'explique en partie par l'hégémonie de l'imaginaire du marketing.
D'autre part, l'importance grandissante accordée à la communication se double d'une méfiance envers les images. Peu éduqués, voire pas du tout à celles-ci, les élus n'en usent que de façon utilitariste et souvent morale. Le partage du sens et de la parole, fonction première de l'image, leur échappe quand ils ne font de la communication qu'un moyen d'assurer leur légitimité et leur réélection.
C'est en s'inspirant des formes et des discours qui les accompagnent que nous avons imaginé ce générateur de logos de ville et de présentations.


La Logotomie des villes de Benoît Eugène, Gérard Paris-Clavel et Jean-Pierre Grunfeld, aux éditions Ne pas plier, 2002.

Le générateur est programmé par Geoffrey Dorne et est encore en cours d'amélioration (au niveau de la typo notamment).

Les affiches de Pesaro

Nous initions la nouvelle rubrique Intérêt public avec un travail que nous nous remémorons fréquemment. Il s'agit de la collaboration très vivante et très longue entre un graphiste, Massimo Dolcini, et une ville, Pesaro en Italie. Cette initiative dans le champs de la commande publique semble aujourd'hui encore extraordinaire. Ainsi, à notre avis, elle reste un très pertinent exemple d'une création graphique et politique.
Ce travail est décrit dans le catalogue de l'exposition Images d'utilité publique (1988, Centre Georges Pompidou), ouvrage collectif que nous avons beaucoup cité dans notre mémoire. Un grand merci à Marsha Emanuel pour nous avoir offert ce catalogue (également disponible à la bibliothèque de l'Ensad).



«À Pesaro, le centre de consultation familiale est situé au 32 via Nitti», 1978.

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Bourgoin-Jallieu

Pour marquer la "formidable évolution de la ville", la mairie de Bourgoin-Jallieu a décidé de changer son logotype. Et c'est, non sans humour, qu'elle a choisit la proposition de Pascal Le Coq. Elle devient ainsi, d'après son auteur, la "première ville du monde ayant accepté d’acquérir le statut d’œuvre d’art pour tout ce qu’elle est et tout ce qu’elle contient."

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